Autre petit travail d'atelier, parler au nom d'un sans-abri.

 

     Ne me demandez pas comment je suis arrivée là, je ne sais pas. C’est certainement la misère qui m’a amenée ici, ou la crise tout simplement. On parle toujours de crise ici et j’en suis victime.

     Ne me demandez pas comment je suis arrivée là, je ne sais pas. Je me rappelle de ces jours d’été à me promener dans les jolis parcs fleuris de Paris. De ces jours d’été à manger des glaces, assise sur un banc, et à profiter pleinement de la vie. J’y pense toujours à ces moments-là. Oui j’y pense, car je ne peux plus vivre cela maintenant. Finis les bons repas, les petits plaisirs.

     Ne me demandez pas comment je suis arrivée là, je ne sais pas. Je me retrouve à faire la manche dans les rames de métro. On me bouscule, on m’ignore. Les hommes en costard-cravate n’ont jamais d’argent sur eux pour me donner quelques pièces. Mon œil ! Je parie qu’ils ont tellement d’argent qu’ils doivent ouvrir plusieurs comptes courants et même un gros caché en Suisse ! Ils se fichent de nous, et nous ne sommes pas dupes. Mais on ne dit rien, on préfère ne pas rétorquer pour éviter les embrouilles, surtout que nous sommes en minorité... sociale.

     Ne me demandez pas comment je suis arrivée là, je ne sais pas. On a voulu m’aider et je me retrouve dans cette prison de CHRS. Pas le droit de faire ci, pas le droit de faire ça. Les interdictions à n’en plus finir ça ne m’aide pas. D’après les éducateurs ne pas suivre leurs conseils serait d’avancer vers l’échec, ces règles sont tellement contraignantes que pour moi elles m’aident plutôt à retrouver la liberté : retourner à la rue ! Ces hauts murs de ferraille, ce haut rideau de fer, c’est une torture ! Je ne vis plus !

     Ne me demandez comment je suis arrivée là, je ne sais pas. D’autres personnes ont voulu m’aider, le destin a fait qu’ils sont venus à ma rencontre dans le quartier. Ils étaient nombreux et tous différents, de tous âges. Petits ou grands, hommes ou femmes, maigres ou bien portants, blancs, noirs et métisses. Mais tous avec une seule envie commune, aider les personnes comme moi, dans la misère, leur redonner le sourire et l’envie de vivre.

     Voilà donc comment je suis arrivée là.